La problématisation est un processus qui consiste à se débarrasser des conceptions communes ou conventionnelles d'un sujet afin d'en tirer de nouvelles perspectives. Cette méthode peut s'appliquer à un terme , à un écrit , à une opinion , à une idéologie , à une identité ou à une personne . Les praticiens prennent en compte les éléments concrets ou existentiels de ces sujets. Analysés comme des défis ( problèmes ), les praticiens peuvent chercher à transformer les situations étudiées. C'est une méthode de défamiliarisation du sens commun .
La problématisation est un dialogue ou un processus de pensée critique et pédagogique et peut être considérée comme une démythification . Plutôt que de prendre pour acquis la connaissance commune ( mythe ) d'une situation, la problématisation pose cette connaissance comme un problème, permettant ainsi l'émergence de nouveaux points de vue, de nouvelles consciences , de nouvelles réflexions, de nouveaux espoirs et de nouvelles actions .
Ce qui différencie la problématisation des autres formes de critique, c'est sa cible, le contexte et les détails, plutôt que les avantages ou les inconvénients d'un argument. Plus important encore, cette critique ne se déroule pas dans le contexte ou l'argument d'origine, mais s'en éloigne, le réévalue, ce qui conduit à une action qui modifie la situation. Plutôt que d'accepter la situation, on en sort en abandonnant un point de vue focalisé.
Pour problématiser un énoncé, par exemple, on pose des questions simples :
- Qui fait cette déclaration ?
- À qui est-il destiné ?
- Pourquoi cette déclaration est-elle faite ici, maintenant ?
- À qui profite cette déclaration ?
- À qui cela fait-il du mal ?
Problématisation (Foucault)
Pour Michel Foucault , la problématisation constitue le concept global de son travail dans « Histoire de la folie » .
Il la traite à la fois comme un objet d’enquête et comme une forme spécifique d’analyse critique. En tant qu’objet d’enquête, la problématisation est décrite comme un processus par lequel des objets deviennent des problèmes en étant « caractérisés, analysés et traités » comme tels.
En tant que forme d’analyse, la problématisation cherche à répondre aux questions de « comment et pourquoi certaines choses (comportements, phénomènes, processus) sont devenues un problème ». Foucault ne distingue pas clairement la problématisation comme objet d’enquête de la problématisation comme mode d’enquête. La problématisation en tant que forme spécifique d’analyse critique est une forme de « re-problématisation ».
Histoire de la pensée
La problématisation est au cœur de son « histoire de la pensée », qui s’oppose fortement à l’« histoire des idées » (« l’analyse des attitudes et des types d’action ») ainsi qu’à l’« histoire des mentalités » (« l’analyse des systèmes de représentation »). L’histoire de la pensée renvoie à une interrogation sur ce qu’est, dans une société et une époque données, « ce qui permet de prendre du recul par rapport à sa manière d’agir ou de réagir, de se la présenter comme objet de pensée et de l’interroger sur son sens, ses conditions et ses finalités ». La pensée est ainsi décrite comme une forme de détachement de sa propre action qui permet de « se la présenter comme un objet de pensée [et] de l'interroger sur son sens, ses conditions et ses buts ». La pensée est le reflet de sa propre action « en tant que problème ». Selon Foucault, les notions de pensée et de problématisation sont étroitement liées : problématiser, c'est s'engager dans un « travail de pensée ». Il est donc crucial que Foucault implique que notre façon de nous réfléchir en tant qu'individus, en tant qu'organismes politiques, en tant que disciplines scientifiques ou autres, a une histoire et, par conséquent, impose des structures spécifiques (plutôt qu'universelles ou a priori) à la pensée.
Réponses aux problèmes
Un élément central de l’analyse de la problématisation est la réponse aux problèmes. L’analyse d’une problématisation spécifique est « l’histoire d’une réponse (…) à une certaine situation ». Cependant, Foucault souligne que « la plupart du temps des réponses différentes […] sont proposées ». Son intérêt analytique se concentre sur la recherche à la racine de ces réponses diverses et éventuellement contrastées, des conditions de possibilité de leur apparition simultanée, c’est-à-dire « la forme générale de la problématisation ». Cela distingue la problématisation foucaldienne de nombreuses autres approches en ce qu’elle invite les chercheurs à considérer les théories scientifiques ou les points de vue politiques opposés, et en fait les énoncés contradictoires en général comme des réponses à la même problématisation plutôt que comme les manifestations de discours mutuellement exclusifs. C’est à ce niveau de problématisations et de discours que Foucault se réfère lorsqu’il établit que « l’histoire de la pensée » de Foucault cherche à répondre à la question de savoir « comment […] un corpus particulier de connaissances [est]-il possible de se constituer ? »
S'engager dans la problématisation
La problématisation implique de remettre en question les croyances tenues pour vraies par la société. En fin de compte, cette pratique intellectuelle consiste à « participer à la formation d’une volonté politique ». Elle permet également de dégager des éléments qui « posent des problèmes à la politique ». En même temps, elle exige aussi une autoréflexion de la part de l’intellectuel, puisque la problématisation consiste à enquêter sur la question ontologique du présent et à déterminer un « élément du présent » distinctif. Cet élément est déterminant pour le « processus qui concerne la pensée, la connaissance et la philosophie » dans lequel l’intellectuel est partie prenante en tant qu’« élément et acteur ». En questionnant le présent, ou la « contemporanéité », « en tant qu’événement », l’analyste constitue le « sens, la valeur, la particularité philosophique » de l’événement, mais s’appuie en même temps sur lui, car il « trouve à la fois [sa] propre raison d’être et les fondements de ce qu’[il] dit » dans l’événement lui-même.
Théorie de l'acteur-réseau
Le terme a également une signification différente lorsqu'il est utilisé en association avec la théorie de l'acteur-réseau (ANT), et surtout la « sociologie de la traduction » pour décrire la phase initiale d'un processus de traduction et la création d'un réseau. Selon Michel Callon , la problématisation comporte deux éléments :
- Interdéfinition des acteurs du réseau
- Définition du problème/sujet/programme d'action, appelé point de passage obligatoire (PPO)
Critique
Dans Critique littéraire, une autopsie, Mark Bauerlein écrit :
L’acte de problématiser a des utilisations rhétoriques évidentes. Il semble rigoureux et puissant comme arme dans la lutte contre les recherches laxistes et malhonnêtes. De plus, pour les critiques expérimentés, problématiser x est l’un des gestes interprétatifs les plus faciles à faire. Dans le cas le plus basique, il suffit d’ajouter des guillemets à x , pour dire « Walden est un « classique » » au lieu de « Walden est un classique ». Les guillemets provoquent une hésitation sur le terme et impliquent un ensemble d’autres questions problématisantes : qu’est-ce qu’un « classique » ? que présuppose-t-il ? dans quels contextes est-il utilisé ? que fait-il ? quels objectifs éducatifs et politiques sert-il ? Au lieu d’être un prédicat familier dans le domaine universitaire, que les lecteurs assimilent avec désinvolture sans trop s’en rendre compte, « classique » se démarque désormais du flux du discours. Les questions tournent autour de son utilisation et, tant qu’elles ne sont pas résolues, l’utilisation du terme « classique » est altérée. En général, ces questions donnent lieu à des réponses toutes prêtes, mais cette facilité ne porte pas atteinte à l'apparente perspicacité des critiques qui les posent. C'est là un autre avantage du terme « problématiser » : il s'agit d'une procédure simple, mais qui ressemble à une enquête incisive.